Home Blues
Chaque fin de chantier est un
moment un peu particulier :
joie de voir l'aboutissement d'un projet et tristesse de la fin d'une
gestation. Une sorte de "home blues" qui porte son lot de sentiments à la fois de plénitude
et de vide.
Pendant les quelques mois nécessaires pour laisser à un
intérieur le temps de prendre forme, se noue avec ses propriétaires un lien affectif et amical particulier sous une apparence d'échanges anodins. Nous partons ensemble à la recherche d'un lieu projeté, fantasmé, quête plutôt idéaliste, qui nous contraint cependant de façon très pragmatique à régler mille petits détails au quotidien afin de trouver notre chemin.
Les échanges que nous avons n'ont rien de littéraire, mais au fil du temps, l'on apprend à se connaître très intimement pour raconter ensemble l'histoire de cet espace de vie au plus près de nos
désirs et de nos ambitions. Curieusement la relation qui
se tisse, somme toute sur une période très courte de notre vie, nous laisse entrevoir avec acuité "l'intérieur" des propriétaires avant même leurs intérieurs.
De la complicité et de la générosité de cette relation dépend largement le résultat
esthétique du chantier. Avons-nous su capter et exprimer
l'attente réciproque ? La rencontre à-t-elle
eu lieu? Le résultat est-il à la
hauteur des espoirs? Autant de questions qui relèvent
de l'exploration humaine loin du champs strictement architectural ou décoratif.
La remise des clés annonce à la fois
la fin de ce moment de partage très privilégié et le début d'une nouvelle vie d'un lieu qui garde votre empreinte, mais qui ne vous appartient plus. Passer du fantasme à la réalité, lâcher prise après avoir terminé sa tâche est un moment assez déstabilisant. Les chantiers sont à l’image de la vie, des petits
cycles qui ne cessent de naître et de mourir.
Dédicace du livre de Marc "Traits de vie" à la fin du chantier "Chez Hélène et Marc"

